Article paru le 29 février 2008 dans http://www.courant-d-idees.com

Première bougie
Pierre Kolb
Bougie

Ce fut notre boutade initiale. Le site Courant d'Idée ayant été lancé le 29 février 2004, année bissextile, il nous fallait tenir le coup quatre ans avant de pouvoir souffler notre première bougie. Nous y voilà.

Ce 29 février 2004, nous évoquions la tyrannie du temps du travail pressuré, une source d'inégalités - ces inégalités dont nous dénoncions la naturalisation : une façon que le discours dominant a de considérer comme normales les baisses de prestations sociales, comme normal le fait que tout, dans notre société, soit tarifé. Nous constations en outre que, depuis la percée politique de la droite dure en octobre 2003, cette sauvagerie inégalitaire s'expose avec cynisme dans des médias de plus en plus portés à la banaliser. Il y avait comme un ralliement du discours général à la domination blochérienne manifestée aux élections fédérales du 19 octobre 2003, puis sanctionnée par un coup de force au Conseil fédéral le 11 décembre. La suite des événements nous a donné plusieurs occasions de mettre le doigt sur ce désastreux suivisme des médias.

Le 12 décembre 2007, le leader de l'UDC a été renvoyé dans son château. Près de trois mois après, il n'a pas encore trouvé le moyen de rebondir et c'est tant mieux. Reste une des causes de son succès, et des succès hélas confirmés de son parti en octobre 2007 : l'approche démagogique des problèmes, le développement de "l'information commerciale", avec ses mises en scène people.

Ce phénomène s'est aggravé. Il semble s'être imposé comme la doctrine générale d'Edipresse et de la SSR, au point qu'Internet s'affirme comme un des refuges d'une pensée critique. Malheureusement, aussi bien la SSR qu'Edipresse tentent de contrôler ces derniers espaces libres. On a vu les incursions de la SSR dans le monde des blogues lors des élections fédérales, ainsi que celles plus systématiques et continues d'Edipresse. L'offre à quiconque, prétendument gracieuse, de blogues préconstruits n'est rien d'autre qu'une opération d'extension d'un monopole, et il est navrant de voir quantité de gens, politiciens ou autres, y céder. Sous prétexte des facilités techniques et d'une apparente bonne diffusion, ces gens creusent la tombe de la libre expression.

Cette réalité est le principal changement survenu en quatre ans dans le paysage médiatique romand. C'est une régression, et un puissant motif de poursuivre l'expérience de Courant d'Idée à l'instar de quelques rares sites indépendants.

Un constat, un motif. Et le bilan ? Nous sommes tentés de le considérer positif. L'entreprise était modeste, reposant sur le bénévolat de personnes par ailleurs bien   sollicitées. C'est déjà un succès d'avoir gagné le pari de parutions hebdomadaires.   Outre les personnes qui interviennent régulièrement aujourd'hui, que nous présentons plus loin, nous le devons à celles et ceux qui ont accepté de collaborer régulièrement la première année, tels Jean Ammann, Madeleine Joye, Céline Fontannaz, à ceux qui nous ont mis des travaux inédits à disposition, les études historiques de Jean-Daniel Morerod, les dossiers ferroviaires d'Alain Boillat - et l'on sait que son analyse de la réforme 2 des chemins de fer est à l'origine du renvoi du projet au Conseil fédéral.   Nous avons bénéficié de collaborations ponctuelles, des personnes sollicitées en fonction de leur connaissances ou expériences. Merci à tous ! Voici la liste des personnes ayant signé un texte ou une illustration dans Courant d'Idées :

Jean Ammann, Alain Boillat, Francine Brunschwig, Christian Campiche, Alain Charpilloz, Jean-Claude Crevoisier, Abdul Darmanger, Jean-Daniel Delley, Didier Estoppey, Anne-Romaine Favre Zuppinger, Justin Favrod, Marguerite Favrod, Luc-Olivier Erard, Céline Fontannaz, Florence Germond, Jeanne Gerster, Carine Ilegems, Claire-Marie Jeannotat, Yves Jeannotat, Madeleine Joye, Jérôme Junod, Pierre Kolb, Laurent Michaud, Jean-Daniel Morerod, Pierre Nicolas, Albert Nolan, Roger Nordmann, Jean-Marie Pasquier, Michaël Rodriguez, David Rouzeau, Aurélie Schopfer, Jacques Secretan, Clémence Thévenaz-Modestin, François de Vargas

Depuis le lancement du site, près de 250 articles ont été publiés. Un chiffre approximatif parce que la différence entre 273 entrées effectuées et 234 entrées restantes tient à quelques ratés techniques au début, quelques regroupements de sujets ensuite, sans que nous ayons un relevé exact de ces variations.

Les chiffres ne sont d'ailleurs pas notre grand souci. Nous ne nous sommes pas attardés à évaluer la fréquentation plus ou moins importante de tel ou tel article, sachant que la dictature de l'audimat est la première cause des distorsions médiatiques actuelles. Nous avons juste vérifié, par les statistiques de fréquentation, que nous avions des lecteurs, atteints sans publicité. Le nombre de visites mensuelles nous paraissait suffisant, au bout d'une année où il tournait autour du millier. La progression s'est gentiment poursuivie pour passer au-delà de deux mille en janvier dernier. Nous pourrions certes, peut-être au moyen d'un bon référencement, améliorer cet impact, ce ne serait pas un mal.

Un regret : l'interactivité pratiquement nulle du site. Nous avions, c'est vrai, écarté d'entrée de cause les formes de participation anonymes qui sont la règle de nombreux blogues et forums. Mais entre ces systèmes de défouloirs et l'absence d'échanges qui est notre fait, n'y a-t-il pas un moyen terme ? Il nous reste à trouver la réponse.  

Il reste aussi des problèmes techniques à régler, et d'autres choses, chacune en son temps.

Le 29 février 2004, nous avions pris soin de préciser que les différents signataires du site, s'ils avaient été choisis dans une mouvance sociale et politique, dans l'idée d'animer un courant d'idées, n'étaient astreints à aucune doctrine de base, ni même à la moindre discipline de choix de sujet ou de longueur de texte. Chacun s'assume et assume, et nous avions promis de faire des présentations. Peccato! Nous y venons aujourd'hui seulement. Qui sommes-nous ? Ici les cinq personnes qui interviennent, actuellement, régulièrement dans le site.

Aurélie Schopfer, photographe

Photographe semi ethnographe, observatrice des yeux à la plume, un peu à côté, à côté du temps linéaire, je me retrouve dans le monde en le regardant, je me recherche dans les mots en les écrivant,   en vous décrivant,   indifférent ou au contraire bouleversé ;   moi de même, je laisse toujours les larmes couler et le rire jaillir. La vie et son rythme, j'aime les sentir à travers la musique, secouée déraisonnablement   par la pureté d'une émotion, je transcris les soubresauts de l'âme en image, en silence, simple témoin, je crée pour quelques artistes des pochettes pour leur album inclassable, en format virtuel, je suis une adepte du réseau,   circuit d'idées, paroles libres, la bêtise semblable à elle-même peut être détournée.
Garantie sans édulcorant ni agents conservateurs.

Michaël Rodriguez, journaliste

Né en 1977, Michaël Rodriguez a suivi son parcours gymnasial à Morges en section latin-grec, avant d’entamer des études de Lettres à l’Université de Lausanne . En 1998, après l’obtention de demi-licences d’allemand et d’espagnol, il décidait de se consacrer au journalisme. D’abord pigiste à la rubrique Culture du quotidien «24 Heures», Michaël Rodriguez y a publié de nombreuses chroniques musicales, théâtrales et littéraires. Parallèlement, il a aussi collaboré avec la revue littéraire «Le Passe-Muraille». En 2005, il était engagé comme correspondant vaudois du quotidien «Le Courrier», une fonction qu’il retrouvera en mai prochain après quelques mois de voyage en Afrique de l’Ouest dans le cadre du service civil. Ses principaux domaines d’investigation sont la situation des migrants, la formation, la politique du personnel à l’Etat et l’environnement. Michaël Rodriguez est père d’une petite fille de six ans.

Justin Favrod, historien

Né en 1963 à Pully, Justin Favrod a suivi des études à la Faculté des lettres de Lausanne. Il s'est spécialisé dans l'histoire régionale de l'Antiquité tardive et du début du Moyen Age. Sa thèse de doctorat, publiée en 1997, porte sur l'histoire événementielle du royaume burgonde qui occupa la vallée du Rhône au 5ème et 6ème siècle de notre ère. Un travail remarqué dont une version abrégée connut le succès sous la forme d'un des premiers volumes de la Collection « Le Savoir suisse ». Il a rédigé divers articles dans des revues spécialisées surtout sur les derniers siècle de l'Empire romain, un petit livre sur la Chronique de l'évêque Marius d'Avenches (fin du 6ème siècle), ainsi qu'un recueil d'anecdotes grecques et romaines actuellement sous presse.
En 1995, Justin Favrod entre dans le journalisme, à la Radio romande puis   au "Journal de Genève et Gazette de Lausanne" jusqu'à la disparition de ce quotidien en 1998. Il rejoint alors la rédaction vaudoise de "La Liberté". Plusieurs années de couverture de l'actualité cantonale ne guérissent pas l'historien de sa passion originelle puisqu'il tient avec Jean-Daniel Morerod une chronique, « Histoire du temps », dont l'intégralité a été publiée par Courant d'Idées.
En 2001, il entre à l'administration cantonale vaudoise pour y être nommé, en 2002, il collaborateur personnel du ministre Pascal Broulis, aujourd'hui président du Gouvernement et chef du Département des finances et des relations extérieures.

Jean-Claude Crevoisier, ingénieur-conseil

Jean-Claude Crevoisier vit aujourd'hui à Delémont, sa ville natale, mais il a longtemps habité Moutier, où cet ingénieur en génie-civil diplômé de l'EPFZ avait été nommé, en 1968, directeur des services techniques de la commune. Tout de suite il y joue un rôle actif dans la vie associative, notamment au service de l'Université populaire jurassienne ou de l'ADIJ (développement économique du Jura), avec un souci de la dimension transfrontalière qui le verra siéger à la CTJ (Conférence transjurassienne). Il s'engage aussi politiquement, en socialiste et en militant jurassien en ces années effervescentes qui voient la création du Canton du Jura, sans que la ville de Moutier en fasse partie. Elu au Conseil national en 1979, la Question jurassienne le propulse sur le devant de la scène lors d'une mémorable altercation avec le conseiller fédéral Kurt Furgler. Plus tard, il sera l'auteur d'une proposition d'un statut de Ville fédérale pour Berne. Cette initiative, si elle avait été acceptée, aurait levé les équivoques toujours actuelles de cette cité qui est une capitale cantonale et en même temps, au titre de chef-lieu fédéral, héberge dans son agglométration le gros de l'administration centrale et les ambassades.
Jean-Claude Crevoisier est encore président du Conseil scolaire de la République et Canton du Jura et de l'association jurassienne des maisons pour enfants et adultes.

Pierre Kolb, journaliste

Pierre Kolb est né en 1944 à Lausanne, lieu des premières années d'une scolarité poursuivie à Porrentruy et terminée par un baccalauréat classique à St-Maurice. Ses études de lettres, commencées à Lausanne, sont couronnées par une licence en philosophie à Fribourg. Il y avait été élu responsable du journal des étudiants, dont il démissionna peu après à cause d'une interdiction, sur pression politique, de publier un questionnaire envoyé aux partis politiques. Cette péripétie, qui fut sanctionnée par la parution d'un journal contenant deux pages aux trois quarts blanches, mérite d'être rappelée parce qu'elle est survenue deux ans avant Mai 68. Comme quoi l'air du temps soufflait aussi sur les universités de province, et quarante ans après, Pierre Kolb n'est pas de ceux qui renient cet état d'esprit libertaire.
Il apprend le métier de journaliste sous la direction de Jean Dumur à Lausanne, avant d'être engagé par François Gross à "La Liberté" , au titre de responsable de la rubrique suisse. En 1979, année de l'entrée en souveraineté du canton du Jura, il devient chef d'édition du quotidien "Le Pays", où il assumera par la suite la fonction de chroniqueur cantonal. Deux de ces années jurassiennes sont en outre consacrées à une collaboration avec le leader autonomiste Roland Béguelin,   à l'hebdomadaire "Le Jura Libre".
En 1990, lors de la nomination de José Ribeaud à la tête de la rédaction de "La Liberté" il réintègre ce quotidien aujourd'hui dirigé par Louis Ruffieux, quotidien auquel il collabore encore.

Auteur de ces lignes, je suis aussi à l'origine de Courant d'Idées et j'en assure les mises à jour régulières. Ce n'est pas la mer à boire, mais cela demande une certaine assiduité, que je n'aurais pas pu garantir sans soutien. Tel sera mon dernier mot pour cet anniversaire : ma gratitude envers Verena Kolb. pik