Article paru le 6 septembre 2009 dans http://www.courant-d-idees.com
Avec la réactivation de l'idée d'un canton de l'Arc jurassien*, le Jura bernois perd son statut de "territoire convoité".
Le Jura bernois a en effet l'impression, pas totalement fausse, d'être aujourd'hui désiré tant par le canton du Jura que par celui de Berne. Ce qui lui donne un sentiment d'importance stratégique, politique et économique.
La stratégie d'abord. Le canton de Berne continue d'affirmer constituer, grâce à sa composante francophone, un pont entre la Suisse allemande et la Suisse romande. Il prétend même que cette situation est éminemment utile au Jura bernois, au canton de Berne et à la Suisse (excusez du peu). Il oublie dans son inventaire l'Europe et, pourquoi pas, tout l'univers. Mais, dans les faits, le pont est à sens unique! Le canton de Berne impose plus souvent la solution germanophone à sa population francophone. Dernière démonstration en date : la décision prise, contre l'avis de la députation du Jura bernois, concernant l'organisation de la justice pour les mineurs. Reconnaissons en revanche que cette situation permet au canton de Berne de s'immiscer systématiquement dans les affaires romandes, d'y jouer sa partition et de défendre ainsi ses intérêts à l'Ouest comme à l'Est.
La politique ensuite. Le problème de la ville bilingue de Bienne est constamment introduit dans le débat jurassien par ceux qui tiennent mordicus au statu quo. Comme si le monde allait s'écrouler pour elle après un changement de souveraineté dans la partie jurassienne du canton. Or, mise à part, l'inquiétude légitime des francophones de Bienne, les arguments avancés dans cette ville, pour éviter l'autonomisation du territoire jurassien, ne tiennent pas la route. Et paraphrasant ce que me disait un entrepreneur de Moutier, on peut dire aux Biennois : "Les frontières (lui parlait des règlements), c'est comme les barrières; il n'y a que les imbéciles qui restent derrière !"
L'économie enfin. Pendant longtemps le Jura bernois (comme le district de Laufon d'ailleurs, que Berne a déjà perdu) représentait un potentiel non négligeable pour un canton de Berne dont l'économie reposait plus sur l'agriculture et les administrations de toutes natures que sur des industries exportatrices. Cela s'est corrigé depuis pour l'Ancien canton. Mais parallèlement la situation s'est dégradée dans le Jura bernois dont la quasi mono-industrie a fortement souffert des crises qui se sont succédées vers la fin du XXe siècle. La région, qui a certes de beaux restes, mais toujours fragiles (on le voit actuellement), se considère toujours comme hautement attrayante.
En clair, le Jura bernois est donc, stratégiquement et politiquement, un otage du canton de Berne, un otage qui aurait de plus développé le syndrome de Stockholm (compréhension et même défense de celui qui l'a séquestré).
Économiquement, le Jura bernois, qui se croit dès lors toujours invulnérable et désirable, se permet de ce fait de snober son voisin du Nord.
L'idée d'un canton de l'Arc jurassien, qui à la limite est en mesure de se réaliser sans lui, change par conséquent la donne. De convoité qu'il croit être, il pourrait devenir demandeur. Comme la ville de Bienne d'ailleurs qui doit d'ores et déjà s'interroger sur son avenir; celui-ci se trouve-t-il vers Berne ou vers l'Arc jurassien. Cruel dilemme !
Et si l'on suit le raisonnement de Maxime Zuber, député-maire de Moutier, développé lors d'un débat du 4 septembre à la Radio romande, le problème pourrait encore se corser dans le Jura bernois. Se référant à la solution communaliste imposée par la Berne cantonale lors des plébiscites jurassiens du milieu des années 70, certaines communes qui ont déjà des relations étroites avec les cantons limitrophes seraient peut-être tentées de demander leur intégration au futur ensemble cantonal. La Neuveville déjà tournée vers Neuchâtel, St-Imier fortement orientée vers les Montagnes neuchâteloises et Moutier proche de Delémont, conscientes de leurs intérêts à long terme, pourraient ainsi enclencher un processus d'adhésion sans vouloir y associer automatiquement le reste d'un Jura bernois figé dans son attachement à Berne.
L'idée d'un canton de l'Arc jurassien n'a pas encore fait bouger les fronts. On le voit à la réaction pour l'instant plus que réservée sinon hostile du MAJ1. Pour ne rien dire d'un mouvement pro-bernois égal à lui-même. Mais, selon plusieurs déclarations personnelles, on salue déjà l'initiative. Et beaucoup en attendent un déblocage salutaire.
*Lire: Un manifeste pour créer un canton de l'Arc Jurassien
**Mouvement autonomiste jurassien (né du Rassemblement jurassien)
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jean-claude.crevoisier@courant-d-idees.com