Article paru le 25 avril 2004 dans http://www.courant-d-idees.com

Redonner une valeur à la politique locale
Jean-Claude Crevoisier
Politiquelocale

Il devient de plus en plus difficile de remplir les listes de candidats aux fonctions électives communales. Repli sur soi, désintérêt pour la chose publique, refus des responsabilités sinon des em... , dévalorisation générale de la politique? Il y a certainement un peu de tout ça dans ce manque de motivation à accepter le "risque" d'une élection. Mais il y a plus. Et il pourrait aussi y avoir mieux.

Il y a aussi la complexité croissante des problèmes rencontrés dans l'exercice de ces fonctions, la nécessité toujours plus évidente d'une forme de professionnalisation, l'impréparation quasi chronique des élus à assumer de telles charges, le temps que cela demande, pris sur la vie de famille et les loisirs; et, cerise sur le gâteau, l'absence totale de reconnaissance des administrés pour les services rendus à la collectivité.

Si encore le statut offrait des compensations! Des compensations matérielles? Il ne faut pas rêver, avec la crise des finances publiques que la plupart des communes connaissent.

Des compensations en termes de pouvoir? Une analyse lucide de la réalité montre que le pouvoir communal s'est érodé. Notamment du fait de la croissance législative qui détermine plus du 90% du budget communal et qui réduit comme peau de chagrin la marge d'autonomie des municipalités. Les exécutifs communaux sont ainsi devenus de simples exécutants de volontés externes cantonales et fédérales, des gestionnaires de problèmes plus que des chefs de projets et des entrepreneurs.

Et la considération traditionnellement attachée aux fonctions électives? Là aussi "ça a eu marché"! Les élus ont désormais perdu leur aura. L'activité politique elle-même est dévalorisée quand ce n'est pas méprisée. Et ceci non seulement au niveau local.

Crise majeure de la fonction politique

Voyez les difficultés qu'il y a, au niveau fédéral suisse, à faire admettre la nécessité de donner aux membres des deux Chambres des moyens d'agir efficacement. Sous la forme d'abord de temps à disposition pour l'étude des dossiers et la préparation des séances; une mesure qui se traduirait certes par une incontournable professionnalisation de la fonction. Sous la forme aussi de l'engagement d'un collaborateur politique rétribué. Étonnons-nous ensuite que nos élus avancent "la tête dans le guidon", soient contraints de gérer   le quotidien au fur et à mesure que les problèmes se présentent. Reprochons-leur de se montrer si souvent incapables d'anticiper les événements et de préparer vraiment l'avenir du pays.

Le tableau ainsi décrit est certes assez sombre et peut-être quelque peu subjectif. Cependant la réalité s'impose. Elle se mesure à la désaffection des citoyens, de plus en plus allergiques à la prise de responsabilité politique. Elle se mesure à la perte sensible du prestige autrefois attaché aux porteurs des titres de député, de maire ou de conseiller communal.

Accepter ou vaincre la fatalité

Cette situation ne découle toutefois pas d'une fatalité à laquelle nous ne pourrions pas échapper. Mais la "guérison" relève de plusieurs médications.

La première et la plus importante porte sur la revalorisation de la pratique politique. L'effort à fournir ici repose autant sur les élus que sur les citoyens eux-mêmes. Les élus ont non seulement à rendre leur action plus visible mais aussi à prendre le risque d'annoncer l'avenir et de proposer les moyens d'y faire face, sans se soucier de déplaire.

Les citoyens doivent reconnaître qu'une part importante de leurs conditions de vie dépend de décisions politiques auxquelles la démocratie leur permet de prendre part. Soit directement lors de votations populaires ou d'assemblées communales, soit indirectement par l'élection de leurs représentants aux différents niveaux institutionnels.

Une autre médication consiste à reconnaître que la gestion des affaires publiques ne peut plus être considérée comme une activité dilettante (on continue de dire "de milice" pour tenter de lui conserver le prestige d'antan). Cette gestion exige du temps et des compétences. Une légitimité conférée par l'élection au suffrage universel ne suffit pas! Il faut accepter une forme de professionnalisation des fonctions électives, et donc une façon d'indemniser financièrement, de façon autre que symbolique, ceux qui s'y consacrent.

Une solution simple d'indemnisation

La Suisse vante partout le modèle que constitue sa démocratie fondée sur des collectivités territoriales hiérarchisées, la commune, le canton, la Confédération. La conduite des affaires communales est donc au moins aussi importante que la Défense nationale ou la Protection civile. Pourquoi dès lors ne pas mettre les élus locaux au bénéfice des APG, les allocations pour perte de gain? Les intéressés comme leurs employeurs y trouveraient leur compte. Les Chambres fédérales viennent d'ailleurs d'admettre, avec l'assurance maternité, un élargissement des APG.  

Une telle solution pourrait également être retenue pour soutenir l'action de personnes responsables d'associations reconnues d'intérêt public. Mais c'est une autre question.

jean-claude.crevoisier@courant-d-idees.com