L'émotion poignante qui a saisi l'ensemble des élus, au Grand Conseil vaudois mardi dernier, à l'annonce de la mort du ministre UDC Jean-Claude Mermoud, ne s'explique pas seulement par le cas rare du dècès d'un conseiller d'Etat en exercice, mais par l'estime qu'il avait gagnée tous azimuts.
Ce qui n'était pas donné à un homme qui a eu à gérer le dossier vaudois de l'asile en 2004 alors que Christoph Blocher, alors patron de Justice et Police, faisait pression. L'épilogue positif de cette longue «affaire des 523» aura laissé le souvenir d'un homme dont les actes valaient autrement mieux que les discours. Son étonnant parcours est retracé ici dans un article paru le 7 septembre dans Le Courrier.
Un conseiller d’Etat qui alliait rondeur et intransigeance
Michaël Rodriguez
Lors de son accession au Conseil d’Etat, en 1998, rien ne semble destiner Jean-Claude Mermoud à se retrouver sous le feu des projecteurs. Cet agrarien, ancien éleveur de poules du Gros-de-Vaud, fait plutôt figure de notable local, s’inscrivant en cela dans une lignée de magistrats vaudois consensuels mais sans envergure politique.
L’homme, pourtant, gagne rapidement en visibilité médiatique et en influence au sein du gouvernement lorsqu’il se retrouve aux commandes de la politique d’asile. En août 2004, il reprend ce dossier des mains de Pierre Chiffelle, victime d’un malaise cardiaque qui le pousse à démissionner. Le socialiste s’est mis à dos les défenseurs du droit d’asile en concluant un «deal» avec Christoph Blocher sur l’avenir de plus de 1200 requérants déboutés. Le conseiller fédéral UDC est déterminé à mettre fin à ce que l’on appelle l’«exception vaudoise»: les autorités cantonales refusent, pour des raisons humanitaires, de procéder au renvoi de personnes originaires pour la plupart d’ex-Yougoslavie et établies depuis de longues années en Suisse. A l’issue de la négociation, Berne accepte de régulariser plus de 700 personnes mais en refuse 523 autres.
L’arrivée de Jean-Claude Mermoud à la tête de l’asile, que Christoph Blocher réparait déjà en coulisses, semble donc tomber à point nommé. De fait, sans être un idéologue dans la ligne du tribun zurichois, Jean-Claude Mermoud adopte d’emblée un discours implacable. En fidèle exécutant des décisions fédérales, il assène à l’envi que le canton ne dispose d’aucune marge de manoeuvre. Les requérants déboutés qui refuseraient de saisir la chance d’une aide au retour volontaire doivent s’attendre à un renvoi imminent. La police est déjà prête à intervenir.
Cette intransigeance se heurte à un large mouvement de résistance, incluant les associations, les communautés religieuses, des ONG, des autorités communales et le parlement cantonal. Les Eglises acceptent d’ouvrir des refuges pour les personnes menacées de renvoi. En 2005, le Grand Conseil provoque l’ire du ministre en adoptant une motion, déposée par un radical, qui exige le gel des renvois des «523» ainsi que de 175 Ethiopiens et Erythréens.
Tout au long de ce bras de fer, Jean-Claude Mermoud reste inflexible. Du moins dans ses propos. Car dans les faits, le magistrat recule, par petits pas. Les chiffres sont éloquents: au final, seules une ou deux personnes seront effectivement expulsées. Difficile de dire, en revanche, s’il faut y voir le signe d’un conflit de conscience chez le ministre, le reflet d’un rapport de forces au Conseil d’Etat ou le résultat direct de la mobilisation. Malgré l’hostilité que suscite le ministre parmi les militants du droit d’asile, certains racontent que Jean-Claude Mermoud aurait, dans des cas particuliers, su faire preuve de pragmatisme et accepté de mettre des dossiers «sous la pile». C’est cette relative rondeur qui le différencierait de son successeur, le libéral Philippe Leuba.
Hormis le dossier de l’asile, qu’il laisse en 2007, Jean-Claude Mermoud ne se distingue guère par son action au Conseil d’Etat. On lui reproche même régulièrement de laisser s’enliser certains projets, notamment celui de la réforme policière. Ses chefs de service jouissent d’une grande marge de manoeuvre. Trop parfois, Jean-Claude Mermoud rechignant à intervenir lorsqu’ils ont tendance à n’en faire qu’à leur tête.
Le magistrat s’illustrera néanmoins, un peu à contre-emploi, sur le dossier de l’aménagement du territoire. Malgré les réticences de la droite, il défend jusqu’au bout un nouveau plan directeur cantonal favorable aux transports publics et à la densification urbaine, adopté par le parlement en 2007.
michael.rodriguez(arobase)courant-d-idees.com
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paru le 11 septembre 2011