-version imprimable
Démondialisation à l'ordre du jour
Pierre Kolb  

Démondialisation

La procédure des élections primaires en vue de la présidentielle française, aujourd'hui terminée, est-elle la bonne formule? Cela reste à discuter. Mais l'impact public de l'opération est sans aucun doute positif.

Ces joutes, dans leur ensemble, n'auront pas manqué d'allure. On n'oubliera particulièrement pas la surprise Arnaud Montebourg et le débat qu'il a su ouvrir sur la démondialisation. Ce député bourguigon aura été la révélation des premières primaires politiques françaises. Il a eu le mérite de défendre, sur ce thème de la démondialisation, des thèses qui ne sont pas porteuses, posant la question du protectionnisme: de quoi horripiler les tenants d'une pensée dominante en vigueur à droite et à gauche. Car la mondialisation est un tabou. Bien sûr ses effets négatifs sont déplorés de part et d'autre. Il n'empêche que les chefs de file de gauche ne la remettent pas plus question que les ténors de la droite. Ils se limitent à en proposer des aménagements. Montebourg, lui, a opté pour une politique active de démondialisation. La surprise est venue de l'écho rencontré par ses propositions. Peut-être parce qu'il a su expliquer que son idée de recourir, sur le plan européen, à des mesures protectionnistes n'est rien de plus, ainsi qu'il l'a souligné, qu'une réplique à des comportements protectionnistes qu'Américains et Chinois ne se gênent pas d'avoir face à des Etats européens jusqu'ici passifs.

On nous ressasse que la mondialisation est une réalité incontournable, au même titre que les fameuses lois du marché qui fondent les inégalités. La mondialisation est tellement bien ancrée dans les esprits que les mouvements - d'inspiration antimondialiste au départ - qui se sont opposé au néolibéralisme international du Forum de Davos ont très rapidement préféré s'appeler altermondialistes plutôt qu'antimondialistes. Cette orientation s'accordait mieux avec la tradition internationaliste de la gauche. Mais faut-il que ce soit au point que cette mouvance, qu'incarne l'organisation «Attac» (pour la taxe Tobin) se bloque face à des initiatives visant à attaquer la mondialisation à ses racines?

Il y a bien sûr des distinctions à faire. Les problèmes posés par le réchauffement climatique ou le recours à l'énergie nucléaire dépassent le cadre des Etats et exigent des approches mondialisées. C'est une autre mondialisation qui est en cause, celle des échanges économiques. Les pratiques de libéralisme intensif, au service desquelles on a créé l'OMC (Organisation mondiale du commerce) sont des facteurs de puissants déséquilibres sociaux, et cela est inacceptable.

L'irruption de la Chine dans ce théâtre d'échanges libéralisés est plus que symbolique. Même si d'autres dictatures en avaient déjà fait la démonstration, on a cette fois à grande échelle la preuve que le capitalisme s'accomode parfaitement de régimes autoritaires, qu'il se développe même mieux sous ces latitudes qu'en terrain démocratique. Le libre-échange est ainsi le vecteur des inégalités et des injustices.

Des politiques de démondialisation auraient pour objectif de s'y attaquer. En toute conscience des rapports de force, faut-il le préciser, en réponse à ceux qui voudraient clore le débat en objectant que ces politiques s'exposent à des mesures de rétorsion.

Accrochée à son mercantilisme, la droite classique ne peut accepter cette remise en cause, et ses thuriféraires fustigent le retour d'un protectionnisme qualifié bien sûr de dépassé. Verbiage. Car les orientations protectionnistes dont il est question aujourd'hui ne sont pas identiques aux cloisonnements d'une époque qui ne connaissait pas la sauvagerie du capitalisme financier actuel.
On sait depuis ces primaires socialistes qu'il y a dans l'opinion un besoin de voir cette mondialisation contrée.

pik

pierre.kolb(arobase)courant-d-idees.com

Lire: La démondialisation et ses ennemis

Lorsque la TV suisse met ses élections en scène

Mardi soir à la télé, il fallait choisir entre le débat final de la primaire socialiste et le débat romand général des élections fédérales. Notre choix était vite fait et nous ne le regrettons pas. Ce n'est pas que l'émission suisse, très animée ainsi que nous avons pu le constater en rattrapage le lendemain, ne soit pas intéressante. Mais l'intérêt de suivre la TV romande en décalé est que l'on peut sauter les séquences de prétendu humour, ce que l'on ne manque pas de faire lorqu'on s'est farci la première. A l'accéléré, on se rend facilement compte lorsque la séquence dite d'humour placée avant chaque thème se termine. La même manipulation ne nous a pas paru faisable pour les séquence conclusives offertes à Me Bonant, affublé d'une linguiste dont on ne sait pourquoi elle était là, si ce n'est qu'elle a l'air de plaire à quelques caciques médiatiques. Le résultat était pénible. Elle ne savait pas quoi dire, et Bonant était insupportable. Ses élucubrations réactionnaires ne passent qu'à doses homéopatiques, là il fatiguait; il avait même accepté, étant en studio, de ne pas fumer, ce qui lui ôtait son charme de la provocation.
Ceci dit, les débats étaient vivants et ont permis de faire connaître quelques figures que les professionnels des actualité télévisées méconnaissent. Le choix des thèmes était valable, avec tout de même un curieux absent: la question des avions de combat et du budget militaire. Silence obligé sur intervention en haut lieu? On ne peut l'affirmer, et l'autocensure est tout aussi probable. (pik)

paru le 16 octobre 2011