Les fêtes j’aime pas
les fêtes des mères
les anniversaires
Noël et Pâques
j’aime pas
avoir le cœur à rire
ou l’avoir à pleurer
ça ne s’agende pas
les fêtes c’est férié
ça, ça va
les mariages, les enterrements, les baptêmes
les cloches, les salves
les commémorations
le champagne contre les coques
j’aime pas
non
avoir le cœur à rire
ou l’avoir à pleurer
ça ne se commande pas
les robes blanches
les costumes stricts de circonstance
les vœux en sucre glacé sur les tourtes
les enfants en souliers vernis
j’aime pas
je n’y peux rien si mes humeurs
à rire ou à pleurer
ne se plient pas
aux dates requises
ce n’est pourtant pas que j’envie
ces pays
où il n’y a plus de fêtes
qu’imprévisibles
qu’intempestives
ces pays où sonnent
impromptues
en lieu de cloches les sirènes
où les salves ne sont pas de liesse
mais tuent
où les feux d’artifice retombent
en débris de pierre et de chair mêlés
de ces fêtes barbares une image me reste
en noir blanc
couché en travers du trottoir
un enfant
tout petit
en noir blanc
tenant au creux de son bras
quoi au juste ?
peut-être
un jouet ?
une peluche datant du temps
où il y avait encore pour lui
des Noël et des anniversaires ?
quelque chose qui faisait
une tache sombre
entre son coude et son ventre
non peut-être pas
pas une peluche
plutôt
du sang
une flaque de sang
mais l’image était en noir blanc
stag
slamé au squat de La Hache le 07.06.2011