Joëlle Stagoll
Des fois j'ai l'impression que quelqu'un crie
quelqu'un ou quelque chose
c'est un cri qui m'habite et me hante
un cri qui creuse mon ventre en crissant
sans silence pour l'entendreet quand je voudrais le prendre, le comprendre
le sortir
il me fuit
il se dérobe
et j'avorte
ce n'est plus qu'un avorton
un amorti.Parce qu'à force.
A force je m'habitue.
A ce qu'ici, ou là
loin, ou près de moi.Je m'habitue. A force.
A force de le savoir.
A force d'impuissance.Au sang qui coule
à l'innommable souffrance.
Ici, ou là
loin, ou près de moi.A l'absence
d'eau pour la soif
au manque
de pain pour la faim
de ceux qui en meurent.
Loin, ou près de moi.Tandis que bêtement
sur un banc au soleil
je regarde le lac et j'en respire l'odeur
et le bruit qui se brise
des vagues contre les pierres.
stag 27 février 2008